Josiah Conder et la naissance de l’architecture moderne
au Japon à l’époque Meiji

Au milieu du XIXᵉ siècle, le Japon se retrouve face aux puissances occidentales qui le contraignent à sortir de son long isolement. En 1868, la restauration de l’empereur ouvre une ère nouvelle : Meiji.
Elle marque le début de réformes radicales. L’empire souhaite moderniser ses institutions, ses infrastructures, son armée, son système éducatif et, plus largement, l’ensemble de la société.
L’architecture devient alors un instrument politique à part entière. Elle doit montrer au monde que le Japon n’est plus un état féodal isolé mais un pays capable de rivaliser avec l’Europe et les États-Unis.

C’est dans ce contexte que Josiah Conder (1852–1920), jeune architecte formé à Londres, arrive à Tokyo en 1877. Le gouvernement japonais le recrute en tant que spécialiste étranger (oyatoi gaikokujin) et il enseigne l’architecture à l’Imperial College of Engineering de Tokyo. Il conçoit alors plusieurs bâtiments publics d’importance, tout en développant progressivement une clientèle privée, ce qui lui permet de s’imposer rapidement comme l’un des acteurs majeurs du nouveau paysage de la capitale. Ses édifices en brique et en pierre, marqués par un éclectisme occidental d’inspiration victorienne, néoclassique et néobaroque, rompent avec l’architecture traditionnelle en bois et contribuent à donner à Tokyo une allure plus moderne.

Au-delà de ses réalisations, Conder forme toute une génération d’architectes japonais. Il contribue ainsi à poser les bases de l’architecture moderne nationale. Son parcours éclaire la transformation progressive d’un empire en quête de reconnaissance, décidé à s’approprier les formes, les matériaux et les codes urbains occidentaux pour s’affirmer sur la scène internationale.

Josiah Conder architecte

Le Japon de l’ère Meiji (1868 – 1912)

Du quasi-isolement à l’ouverture

Pendant plus de deux siècles, le Japon vit volontairement replié sur lui-même. Le troisième shogun des Tokugawa, Tokugawa Iemitsu (règne 1623‑1651) instaure la politique du sakoku, littéralement « pays fermé ». Les contacts avec l’étranger sont strictement contrôlés. Le christianisme est interdit. Les missionnaires sont expulsés et persécutés.

Cette fermeture répond à une peur de la colonisation. Avec l’arrivée de missionnaires chrétiens au XVIᵉ siècle, les autorités japonaises finissent par se sentir menacées. Elles sont informées des conséquences de l’évangélisation en Asie et dans les Amériques et comprennent que la diffusion du christianisme s’accompagne souvent par une conquête coloniale. La rébellion de Shimabara, en 1637-1638, menée en partie par des paysans et des samouraïs chrétiens, renforce cette conviction. Le christianisme est perçu comme une menace politique autant que religieuse.

Le sakoku ne signifie pourtant pas une coupure totale. Le Japon maintient des échanges commerciaux limités avec la Chine et la Corée. Les Néerlandais sont les seuls Européens autorisés à commercer avec l’archipel. Installés à Dejima, une île artificielle de la baie de Nagasaki, ils font allégeance au pouvoir en place et s’engagent à ne pas diffuser leur religion. En échange, ils peuvent exercer une activité commerciale sur l’île.

Cette ouverture contrôlée permet au Japon d’observer le monde sans s’y exposer pleinement. Mais, au milieu du XIXᵉ siècle, cet équilibre se rompt.

La Restauration Meiji : rupture politique et ouverture forcée

En 1853, le commodore américain Matthew Perry arrive dans la baie d’Edo (Tokyo) avec quatre navires de guerre et remet une lettre exigeant l’ouverture de ports japonais aux navires américains, sous menace implicite de la force.

Commodore Perry baie d'Edo

Mission Commodore Perry au Japon en 1854 – Source : British Museum – Image du domaine public

La convention de Kanagawa, signée en 1854, entre les États‑Unis et le shogunat Tokugawa met fin au sakoku. Les  ports de Shimoda et Hakodate leur sont désormais ouverts.

Des traités dits « inégaux » sont ensuite imposés par les autres puissances occidentales. Ils contraignent le Japon à ouvrir les ports d’Edo (Tokyo), Kōbe, Nagasaki, Niigata et Yokohama au commerce international, à accorder la liberté de résidence et de circulation aux ressortissants occidentaux dans ces ports (sans réciprocité) et à accepter l’établissement de consulats étrangers bénéficiant de l’extraterritorialité.

La situation intérieure tendue ne permet pas au Japon de se défendre et de rivaliser avec les occidentaux. Le pays connaît des crises agraires récurrentes, une pression fiscale croissante et des inégalités sociales accentuées. Le système féodal s’essouffle face à une classe commerçante dynamique et prospère. L’inflation et les dettes des daimyos et des samouraïs affaiblissent le pouvoir du shogunat Tokugawa, qui peine à répondre aux défis internes et externes.

En 1868, des clans réformistes renversent le régime shogunal et restaurent l’autorité impériale. Cette rupture politique entraîne la guerre de Boshin (1868-1869), un conflit armé opposant les partisans du shogunat aux forces loyales à la cour impériale. La victoire de ces dernières permet à l’empereur Meiji d’exercer pleinement le pouvoir et ouvre une nouvelle ère de l’histoire japonaise.

Se moderniser pour survivre face aux puissances occidentales

Le nouveau gouvernement agit vite. Le système féodal est démantelé. Un État centralisé et bureaucratique se met en place. L’objectif est de transformer rapidement le Japon en une nation moderne capable de rivaliser avec l’Occident et d’être traitée d’égal à égal. Tous les pans de la société sont concernés.

L’éducation devient une priorité nationale. Dès 1872, un système scolaire obligatoire, inspiré des modèles occidentaux, est instauré pour les garçons et les filles. Il vise à former une population instruite, capable de soutenir la modernisation du pays.

L’armée est réorganisée. Une armée de conscription, moderne et unifiée, voit le jour. Elle met fin aux privilèges des samouraïs.

L’État investit massivement dans l’industrie. Un ministère de l’Industrie est créé dès les années 1870. Le Japon fait appel à des experts étrangers, pour accélérer le transfert de savoirs techniques. Mines, chantiers navals, télégraphe, réseau ferroviaire, système bancaire moderne : le pays se transforme à une vitesse vertigineuse.

Le modèle occidental sert de référence. Des étudiants sont envoyés en Europe et aux États-Unis. Les élites japonaises voyagent, observent et sélectionnent ce qui peut être adapté au contexte local.

En 1889, une constitution est promulguée et reste en vigueur jusqu’en 1945.

Conséquences de la modernisation

En quelques décennies, l’archipel devient la puissance la plus industrialisée d’Asie.
La modernisation rapide génère néanmoins des tensions. Les inégalités sociales s’accentuent. Les valeurs traditionnelles sont bousculées.
Mais les dirigeants de l’ère Meiji  comprennent que la modernité s’impose. Elle n’est pas un choix culturel ni une simple aspiration au progrès, c’est une nécessité face aux puissances occidentales qui dominent le monde par leur avance industrielle, militaire et technologique. Elles imposent des traités inégaux aux pays jugés faibles et transforment de vastes régions d’Asie en colonies. Le Japon comprend qu’un État resté agraire et technologiquement en retard risque le même sort.

Période Meiji occidentalisation de la société japonaise

The Comings and Goings of Prosperity and Fashions in Tokyo – Hiroshige III – Source : Geographicus – Image du domaine public

Naissance de l’architecture moderne au Japon

Les premières constructions édifiées après l’ouverture récente des ports de Yokohama, Kobe ou Nagasaki restent traditionnelles. Elles répondent surtout à des besoins fonctionnels : loger les ouvriers, abriter les commerces et stocker les marchandises.
Faute de modèles et de savoir-faire occidentaux, ces bâtiments utilisent des techniques traditionnelles japonaises. Des maisons de type minka-zukuri, en bois, accueillent logements, boutiques et entrepôts.

Mais très vite, le besoin de représenter la modernité se fait sentir. L’État et les élites souhaitent afficher un visage nouveau, capable de rivaliser avec les villes occidentales. L’architecture devient un outil politique et symbolique. Elle doit incarner le progrès, la rationalité et la puissance.

Moderniser l’architecture : l’émergence du style giyōfū

C’est dans ce contexte qu’apparaît un style hybride, aujourd’hui appelé giyōfū. Il apparaît au début de l’ère Meiji et connaît son apogée dans les années 1870‑1880. Il émerge d’abord dans les ports ouverts au commerce international et dans les grandes villes avant de se diffuser plus largement. Ce terme signifie littéralement « style pseudo‑occidental ». Il désigne des bâtiments qui empruntent leur apparence à l’architecture européenne tout en conservant des techniques de construction japonaises. Les façades imitent souvent la pierre ou la brique grâce à des enduits peints, auxquels s’ajoutent frontons, colonnes, fenêtres cintrées ou autres ornements occidentalisants, combinés à des plans et des toitures d’inspiration locale.

Ce style se développe à un moment où le Japon manque encore de compétences et  d’infrastructures nécessaires pour construire des bâtiments en brique ou en pierre. Il offre une solution pragmatique : donner une image moderne et occidentalisée sans rupture brutale avec les techniques et les savoir‑faire des charpentiers japonais. C’est une phase de transition.

Aujourd’hui, les édifices giyōfū et les premiers bâtiments non traditionnels de l’ère Meiji sont rares. Une grande partie a été détruite par les séismes, les incendies, les guerres et les reconstructions successives. Par conséquent, les exemples encore visibles sont précieux et permettent de comprendre cette phase d’expérimentation et d’adaptation progressive aux modèles occidentaux.

À la fin du XIXᵉ siècle, une nouvelle étape est franchie. Des bâtiments en brique rouge et en pierre apparaissent plus largement. Ils s’inspirent des styles Queen Anne, néo-Renaissance ou d’inspiration germanique. L’architecture japonaise entre alors dans une phase plus académique, enseignée par des architectes occidentaux et qui tend à supplanter progressivement le giyōfū.

Ginza Bricktown : occidentalisation de l’architecture japonaise

Avec le grand incendie de Tokyo en 1872, le gouvernement Meiji décide de transformer cette catastrophe en opportunité. Il confie à l’ingénieur britannique Thomas James Waters la reconstruction du quartier de Ginza.

Waters n’est pas un architecte au sens académique mais un professionnel de la construction occidentale chargé de concevoir et de superviser des ouvrages modernes aux côtés des autorités japonaises. Arrivé au Japon dès les années 1860, il travaille d’abord sur des projets industriels. Il réalise notamment la Monnaie impériale d’Osaka entre 1868 et 1871, l’un des plus vastes complexes industriels de style occidental de l’époque Meiji.

À Ginza, son ambition est urbaine. Le quartier est reconstruit selon un plan orthogonal inspiré des villes européennes. Une large artère centrale est aménagée, bordée d’immeubles de deux à trois étages en briques rouges. Les rues sont pavées, plantées d’arbres, équipées de trottoirs et de lampadaires à gaz, puis électriques.

Ginza rue principale

Ginza : rue principale à Tokyo  – New York Public Library – Image du domaine public

Ginza est bientôt surnommée la « ville de briques ». Le choix de ce matériau, encore peu connu au Japon, répond à plusieurs objectifs. Il symbolise la modernité. Il promet une meilleure résistance au feu. Il doit aussi impressionner les visiteurs étrangers.

Le résultat déçoit pourtant, aussi bien auprès des locaux que des occidentaux et touristes. Les résidents regrettent leurs maisons traditionnelles, plus modulables et mieux adaptées au climat. Les bâtiments en brique sont jugés inconfortables, trop chauds l’été et trop froids l’hiver. Les étrangers, eux, trouvent ce quartier banal et peu dépaysant.

Le projet d’étendre ce modèle à l’ensemble de Tokyo est par conséquent abandonné. Malgré cet échec relatif, Ginza Bricktown marque un tournant. Il pose les bases d’un paysage urbain occidental et prépare le terrain à une approche plus structurée de l’architecture moderne.

Josiah Conder : père de l’architecture moderne japonaise

Lorsque Josiah Conder arrive à Tokyo en 1877 à l’âge de 23 ans, le Japon a déjà engagé sa transformation. Mais l’architecture occidentale reste expérimentale. Il manque une méthode, une doctrine et une formation académique.

Jeune homme, il étudie à l’University College de Londres et travaille auprès de William Burges, figure majeure du renouveau gothique victorien. Il s’inscrit dans un contexte intellectuel marqué par les débats sur l’architecture, l’histoire des styles et le mouvement Arts & Crafts. En 1876, il reçoit la prestigieuse médaille Soane, qui distingue les jeunes architectes prometteurs.

À la suite de cette reconnaissance, le gouvernement japonais le recrute pour enseigner l’architecture occidentale à l’École supérieure des travaux publics, future Université impériale de Tokyo. Son rôle dépasse largement celui d’un praticien. Il doit créer une discipline qui n’existe pas encore au Japon.

Jusqu’alors, les bâtiments sont conçus et réalisés par des maîtres d’œuvre. La fonction d’architecte, au sens moderne du terme, est absente. Conder introduit une approche théorique, historique et technique. Il enseigne la composition, les styles, la construction en brique et en pierre, ainsi que les principes de durabilité.

Création d’une architecture moderne adaptée aux ambitions Meiji

Josiah Conder s’intéresse de près à l’architecture japonaise. Il en apprécie la finesse, le rapport au site et l’attention portée au détail. Il la juge cependant inadaptée aux exigences d’une capitale moderne. Tokyo est alors majoritairement construite en bois. Les incendies détruisent régulièrement des quartiers entiers. Cette fragilité devient incompatible avec les ambitions du régime Meiji.

Il défend une architecture plus durable. Les constructions occidentales, en brique et en pierre, exigent un investissement initial plus élevé. Mais elles s’avèrent plus économiques sur le long terme. Leur résistance au feu répond à une logique de permanence et de stabilité.

Cependant, il ne cherche pas à importer un modèle occidental. Il élabore un langage nouveau. Une architecture européenne adaptée au contexte asiatique, attentive au climat, aux usages et à la culture locale. Cette quête d’une « patine asiatique » appliquée aux formes occidentales marque durablement ses projets et l’enseignement qu’il transmet à ses élèves.

Une architecture éprouvée par les séismes

Les bâtiments de Conder se distinguent aussi par leur résistance. Nombre d’entre eux supportent remarquablement les tremblements de terre, notamment celui de 1894. Cette solidité renforce la crédibilité de l’architecture en brique et en pierre dans un pays soumis à de fortes contraintes sismiques.

Un regard sensible sur la culture japonaise

Parallèlement à son travail d’architecte, Conder se passionne pour les arts japonais.
Il s’intéresse à la composition florale (l’ikebana), aux jardins et à l’esthétique traditionnelle. Il publie plusieurs ouvrages sur ces sujets, contribuant à faire connaître l’art japonais en Occident.
Cette sensibilité nourrit sa réflexion architecturale. Même s’il défend la modernité occidentale, Conder cherche une voie d’équilibre entre importation des modèles européens et respect du contexte local.

Les grandes œuvres de Conder au Japon : bâtiments emblématiques et héritage

Entre 1877 et le début des années 1890, Josiah Conder conçoit ou supervise plus d’une cinquantaine de projets au Japon. Ils construit principalement pour l’État, la cour impériale et la nouvelle élite économique.
Son œuvre ne se limite pas à un style unique. Il s’inscrit dans un éclectisme victorien, puisant dans le néogothique, le néo-Renaissance et d’autres références selon les programmes.

Le Rokumeikan (1883)

Le Rokumeikan est sans doute son bâtiment le plus célèbre. Commandé par le gouvernement Meiji, il sert de lieu de réception pour les diplomates étrangers. Bals, dîners mondains et cérémonies officielles s’y déroulent selon les codes occidentaux. 
Son style est un mélange éclectique d’inspirations européennes, néo‑Renaissance et Second Empire. Il devient un symbole fort de l’occidentalisation aristocratique du Japon.
Les Japonais, pourtant, le perçoivent comme une rupture maladroite avec leur culture. Il est jugé trop européen et suscite de vives critiques.
Quant aux visiteurs occidentaux, ils le trouvent artificiel. 
Le Rokumeikan suscitera en son temps une grande controverse autant admiré que rejeté.

Rokumeik Josiah Conder

Rokumeika – Source : National Diet Library, Japon – Image du domaine public

Bâtiments officiels et institutionnels

Josiah Conder joue un rôle central dans la création d’une architecture d’État. Il conçoit plusieurs édifices majeurs à Tokyo :

  • Le Musée impérial de Tokyo (1890), aujourd’hui disparu, qui introduit une monumentalité inspirée des musées européens
  • Le Ministère des Affaires maritimes
  • Des bâtiments gouvernementaux

Tous ces projets visent à donner une image stable, moderne et souveraine du pouvoir japonais.

Résidences impériales et élitaires

L’architecte travaille également pour la famille impériale et l’aristocratie. Il conçoit plusieurs résidences princières, dont celle du prince Arisugawa à Kitashirakawa en 1884.
Il réalise aussi des demeures privées pour la grande bourgeoisie industrielle, notamment pour la famille Iwasaki, fondatrice du groupe Mitsubishi.
Ces résidences combinent confort occidental, prestige social et adaptations au mode de vie japonais.

Autres réalisations notables

Il conçoit des bâtiments religieux, éducatifs et diplomatiques :

  • La cathédrale orthodoxe de Tokyo (Nikolai-dō), l’une de ses œuvres encore visibles aujourd’hui
  • Le batiment du YMCA qui a disparu aujourd’hui
  • Le Mitsubishi No.1 Building
  • Les légations allemande et austro-hongroise à Tokyo.

La transmission de l’architecture moderne : les disciples japonais de Josiah Conder

L’influence de Josiah Conder ne se limite pas à ses projets architecturaux. Elle s’exprime aussi à travers la génération d’architectes japonais qu’il forme et qui pose les bases d’une architecture moderne, hybride et institutionnelle.

Ses élèves les plus influents :

  • Katayama Tōkuma, architecte du Tokyo National Museum et du Geihinkan (State Guesthouse) à Tokyo.
  • Tatsuno Kingo, créateur de la gare de Tokyo (inspirée des gares européennes).
  • Sone Tatsuzō, architecte de la Keio Old Library et concepteur d’édifices gouvernementaux.

Quelques-uns de ses anciens étudiants, dont Tatsuno Kingo, Katayama Tōkuma et d’autres, fondent l’Architectural Institute of Japan (JAI) en 1894, et Conder est élu président honoraire.

Par son rôle de pédagogue autant que de bâtisseur, Josiah Conder devient le véritable fondateur de l’architecture moderne au Japon.
Ses étudiants formeront la première génération d’architectes japonais, capables d’exporter ce savoir bien au-delà de l’archipel, notamment dans les territoires placés sous domination japonaise.

Le rayonnement de l’architecture moderne japonaise en Asie

À partir de la fin du XIXe siècle, le Japon ne se contente plus d’importer des modèles occidentaux. Il les réinterprète et les diffuse à son tour en Asie. Dans le cadre de son expansion coloniale, il applique hors de l’archipel les principes urbanistiques, administratifs et architecturaux élaborés durant l’ère Meiji.

Taipei offre un terrain privilégié pour l’application de ce modèle. Sous administration japonaise, la ville bénéficie d’un vaste programme de modernisation. Le tracé urbain se rationalise. Les infrastructures se développent. Les bâtiments administratifs, judiciaires et culturels adoptent un langage architectural hérité du Japon moderne, lui-même issu des modèles européens. Le centre-ville se transforme durablement et pose les bases de la capitale contemporaine.

Cette histoire se lit encore aujourd’hui dans l’espace urbain. Mon guide Zhongzheng : Centre administratif et héritage japonais propose de suivre cette transformation à travers les bâtiments, les axes et les institutions hérités de la période japonaise. Il montre comment l’architecture devient un outil de pouvoir, de modernisation et de projection culturelle, et comment le modèle japonais, né à l’ère Meiji, s’inscrit durablement dans le paysage taïwanais.